mercredi 31 août 2016

De l'immoralité du théâtre au début du XXième siècle!

La moralité, dans ce Québec du début du XXième siècle pétri de judéo-chrétienté est une chose sérieuse. Une chose fondamentale. C'est pourquoi il faut s'insurger quand le péché débarque dans la Province sous les allures de grandes comédiennes françaises comme ce fut le cas pour Sarah Bernhardt, oui... mais aussi pour l'une de ses compatriotes: Réjane (quelques notes biographiques ici). 


Ainsi, quand cette grande dame de la scène débarque, dans la capitale, en janvier 1905, pour une série de représentations (les pièces - jugées immorales! - au programme étaient L'hirondelle et La petite marquise), le conservateur journal L'Événement la conspue en ces termes (l'extrait est cité dans le bouquin de Christian Beaucage, Le théâtre à Québec au début du XXième siècle):

Une actrice française, Madame Réjane, vient de terminer une série de représentations dans un théâtre de Montréal. Les pièces qu'elle y a jouées sont immorales ou ordurières. Son succès a été considérable.

Malgré l'engouement de la foule, malgré la réputation de l'artiste, deux grands quotidiens de Montréal, «La Presse» et «La Patrie» ont cru devoir protester contre cette apothéose de la luxure.

Aujourd'hui, on nous annonce la venue à Québec de la même actrice et la représentation des mêmes pièces.

Eh bien, nous protestons au nom de la pudeur et de la morale publique! Lorsque l'on exploite seulement la bêtise humaine, en servant des inepties au public, on peut laisser faire. Chacun est libre de perdre son temps et son argent.

Mais du moment qu'on veut frapper monnaie en offrant des productions malsaines et en spéculant sur les mauvais instincts du peuple, il est nécessaire d'intervenir et de jeter le cri d'alarme. Car les malfaiteurs littéraires ou artistiques ne doivent pas être moins conspués que les bandits et les prostituées.

Inutile de vouloir pallier le mal sous le manteau de l'art. La fange ne peut jamais être l'objet du beau.

Nous avertissons donc les directeurs du théâtre de l'Auditorium et, en même temps, le public qui se respecte.


Toujours cette même rhétorique pompeuse digne d'un Bossuet ou de l'un des Pères de l'Église... et pourtant c'était il y a quelques décennies à peine...  

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