vendredi 1 avril 2016

«Les Manuscrits du Déluge»


J'ai assisté, hier soir, à la première représentation (ou l'avant-première... c'est selon...) des Manuscrits du Déluge de Michel-Marc Bouchard, une production du Théâtre Mic Mac de Roberval. 

C'était d'abord une rencontre avec un texte d'une douzaine d'années que je ne connaissais pas. Un texte étrange qui, malgré quelques références à une certaine réalité, résonne comme une fable hors du temps, une métaphore, une figure de style.  Un texte qui prend pour objet même le papier, l'écriture et le mode narratif.  Un texte déroutant.

Un petit village éloigné déserté par sa population jeune et active. Un Déluge survient et l'eau et la boue dévastent tout, y compris la salle d'écriture du vieux Sam, point névralgique de cette petite communauté, où les aînés s'assemblent, sous le regard envieux d'un jeune homme mystérieux, pour mettre sur papier l'ensemble de leurs souvenirs, pour laisser la trace d'une vie qui passe. Tout reprendre? Faire table-rase du passé? Réinventer les anecdotes? Ou alors se laisser emporter librement au gré de la débâcle, loin... très loin?  

Ces différents enjeux se déploieront au gré de fragments de récits, de reprises, de quête du souvenir précis. 

Émilie Gilbert-Gagnon signe (et c'est peut-être là sa signature la plus reconnaissable) une mise en scène qui amplifie le côté quasi fantasmagorique de cette pièce. Elle est soutenue en ce sens par Christian Roberge à la scénographie qui crée ici un espace irréel aux teintes d'eaux chargées de boue, entre la cour intérieure et le cimetière, surchargé de plastique, de troncs d'arbres et de papier. Vicky Tremblay, pour sa part, donne aux costumes une allure résolument théâtrale, empilant les couches de vêtements grisâtres qui laissent entrevoir diverses matières, divers vécus. 

Dans ce lieu aux accents mythologiques s'amène alors une distribution signifiante (et osons, le mot, émouvante) réunissant, en ce cinquantième anniversaire de la troupe, les anciens comédiens par ailleurs toujours très actifs - Francine Joncas (qui, par sa présence depuis pratiquement la fondation du Mic Mac, force l'admiration!), Réjean Gauthier, Jocelyne Simard, Gervais Arcand et Céline Gagnon.

Peut-être sans le savoir, le spectateur entend alors s'emmêler des voix fortes qui portent la troupe depuis des décennies. Des voix (au ton, au débit, à la diction) différentes mais remplies d'expériences scéniques. Des voix qui se sont promenées dans des répertoires variés.  Des voix qui ont fait le Théâtre Mic Mac.

Et au milieu d'eux, le jeune comédien Alexis Gauthier (par ailleurs fort prometteur) répond avec assurance et sensibilité.

L'engagement est profond. La passion n'a pas d'âge.

Et derrière ce conte (parce que c'en est un!) sur le souvenir et la transmission, le Théâtre Mic Mac peut affirmer qu'il a su choisir la voie de la pérennité. 

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