mercredi 23 mars 2016

Le théâtre: un métier qui se perd


Dans quelques années, nous ne trouverons plus personne qui sache peindre avec des techniques variées, personne qui sache construire des parois énormes et légères comme des voiles, des toiles incroyables qui se dressent dans l'espace, personne qui sache tisser, coudre, couper, personne qui fasse des chaussures et des chapeaux, à la main, savamment et amoureusement. Comment penser, imaginer ce «théâtre humain» dans une société qui galope vers la mécanisation collective? Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire «qu'il n'y avait plus personne qui sache couper des pantalons, ne parlons pas des gilets, qui sache coudre les boutons, ou même qui sache faire des boutonnières»! Pour nous qui n'avons jamais aimé et qui n'aimerons jamais les triples plateaux qui montent et descendent, les plateaux qui oscillent et s'inclinent (sans qu'on les utilise jamais par la suite), les salles qui tournent sur elles-mêmes et ainsi de suite, nous croyons à un théâtre clair et simple, y compris dans ses formulations techniques, le futur s'annonce de plus en plus difficile. Et nous ne voyons pas comment arrêter ce que j’appellerai ce vice de l'histoire et non son développement harmonieux.

Ce sont là les propos de Giorgio Strehler, dans une lettre envoyée à son scénographe, Luciano Damiani (reproduite dans Un théâtre pour la vie, publié, en français, en 1980 aux Éditions Fayard). Un constat un peu déprimant... bien que réel. Et encore! Il n'a pas été fait à une époque où internet et les réseaux sociaux changent considérablement la donne.

Mais en même temps, n'est-il pas normal que le théâtre se transforme et suive l'évolution du monde dans lequel il évolue? À toutes les époques, il a laissé de côté des métiers rendus futiles, des traditions devenues clichés, des genres désuets.

Le théâtre, après tout, est un art résolument vivant.

(Pour le reste... c'est quand même une lourde réalité que celle voulant que le théâtre clair et simple n'a pas particulièrement la cote, de nos jours!)


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