mercredi 9 mars 2016

Être metteur en scène... par Strehler


Mon métier consiste à raconter des histoires aux autres. Il faut que je les raconte. Je ne peux pas ne pas les raconter. Je raconte les histoires des uns aux autres. Ou bien je raconte mes propres histoires à moi-même ou aux autres. Je les raconte sur une scène de bois où il y a d'autres êtres humains, au milieu d'objets et de lumières. S'il n'y avait pas de scène en bois, je les raconterais par terre, sur une place, dans une rue, dans un coin de rue, sur un balcon, derrière une fenêtre. S'il n'y avait pas d'êtres humains auprès de moi, je les raconterais avec des morceaux de bois, des bouts d'étoffe, du papier découpé, du fer-blanc, avec ce que le monde peut m'offrir. S'il n'y avait rien, je les raconterais en parlant à haute voix. Si je n'avais pas de voix, je parlerais avec mes mains, avec mes doigts. Privés de mains et de doigts, je les raconterais avec le reste de mon corps. Je raconterais muet, je raconterais immobile, je raconterais en tirant des ficelles, sur un écran, devant une rampe. Je raconterais de toutes les façons possibles car l'important pour moi est de raconter les choses aux autres, à ceux qui écoutent. 

C'est la réponse de Giorgio Strehler (tirée du bouquin Un théâtre pour la vie, publié chez Fayard en 1980, p.123) à qui lui demande de dire son métier. Une belle définition de la mise en scène, de l'engagement théâtral.

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