dimanche 28 février 2016

Du public... encore...


Je l'ai déjà dit et redit dans quelques billets de ce blogue: je ne suis pas spécialement fan (et, du coup, pas un fin connaisseur) de Louis Jouvet (1887-1951), grand comédien et metteur en scène devant l'éternel théâtral. L'un des grands réformateurs du Cartel. Sa quête de vérité dans le jeu ne m'a jamais atteint. Sa façon d'aborder les textes et la scène ne me touchent guère plus. 

Cependant, je lui reconnais une plume incroyable pour décrire le théâtre, lui rendre hommage.

À titre d'exemple, ce petit passage (pp. 156 à 158) tiré de Réflexions du Comédien (publié en 1941 chez Americ=Edit.) où il est question du succès, du public et de l'émotion qu'ils procurent: 

[...] Cette recherche du succès, cette obligation, cette contrainte dans l'art de plaire est ce qu'il y a de plus évident et de plus nécessaire à ceux qui pratiquent notre profession.

Le succès - avoir du succès - avoir un succès, vous ne savez pas, comme nous, ce que c'est. [...]

[...] Vous ne savez pas l'émotion chaude, le rayonnement intérieur qu'éprouve l'acteur, ou l'auteur, ou le directeur, à ce bruit caractéristique d'un sac de noix qu'on remue ou d'un panier de crabes en tumulte que fait le public, impatient et bavard, au delà du rideau, à ce moment où le régisseur, le pompier de service, les machinistes et les comédiens viennent admirer, avec un sourire de béatitude, par le trou ou la fente du rideau, ces centaines de visages, irradiés d'impatience et d'intérêt. Vous ne savez pas le frémissement voluptueux que donne l'entonnoir d'une salle de théâtre toute enduite d'humanité, cette amplification de sensibilité, cet émoi dont on ne sait plus s'il est fait de tendresse ou d'horreur - lorsque le rideau se lève enfin dans le silence... et qu'apparaît soudain cette masse humaine, ce monstre, disait Shakespeare, qui a des milliers d'yeux et d'oreilles et qui nous attend, dans l'ombre.

À ce moment où se polarise sur le comédien qui est en scène ce brusque afflux de sentiments humains, aiguisés jusqu'à l'extrême, accessibles à toutes les nuances, débordants de confiance et de beauté intérieure, à ce moment-là votre plaisir nous est plus sensible, peut-être, qu'à vous-même.

Une verve empreinte d'engagement, de dévouement et d'humilité pour cet art... qu'il fait toujours bon lire... particulièrement quand le doute et le questionnement s'emballent!

Aucun commentaire: