samedi 15 août 2015

De la diversité des pratiques théâtrales

 
Il faudrait pouvoir éviter de dire le théâtre.
Et plus encore: la dramaturgie.

Car lorsqu'on fait du théâtre, on sait toujours qu'autour existent d'autres manières d'en faire, antinomique, adverses, incompatibles, totalement étrangères, indifférentes ou ennemies. La pratique du théâtre se nourrit et s'inspire de ces adversations, de ces différences, de ces polémiques. 

C'est là, je trouve, une belle mise en garde quand vient le temps d'aborder un travail scénique autre que le sien. Elle se trouve au tout début de l'essai Dramaturgies de plateau de Anne-Françoise Benhamou, publié en 2012 aux éditions Les Solitaires intempestifs

Les pratiques théâtrales sont nombreuses et puisent à diverses écoles de pensée. Et toutes se valent finirait-on par affirmer.
C'est pourtant plus facile à dire, à écrire, à lire qu'à faire. Car cette vertueuse ouverture n'est pas si simple. Et parfois, sans trop s'en rendre compte, on s'enferme dans une vision, une ligne de pensée qui biaisera nécessairement le regard du praticien devant un spectacle qui lui est proposé.

Un peu plus loin, Mme Benhamou poursuit:

[...] La plupart des metteurs en scène, quand ils s'expliquent sur l'art qu'ils pratiquent, parlent plus souvent d'ailleurs du théâtre que de leur théâtre. Qui n'a pas assisté, voire participé, à ces vaines discussions entre critiques, spectateurs passionnés, professionnels: Ce n'est pas du théâtre! Mais si, maintenant c'est ça, le théâtre!... Comme si, à chaque fois qu'un événement bouleversant, scandaleux, nouveau ou incongru avait lieu sur la scène, c'était le théâtre dans son identité, dans sa dignité ou dans sa nécessité, qui était impliqué. Comme si chacun de ceux qui le font, le regardent, se confrontait toujours peu ou prou, au-delà de la conjoncture d'un spectacle en particulier, au théâtre comme un tout.

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