lundi 11 août 2014

Du théâtre au temps des conciles

Voici, en entier, un petit ouvrage anonyme (je crois que c'est celui du prince de Conti, milieu du 17ième siècle... mais je ne saurais le jurer) qui traite des différents canons de l'Église à propos du théâtre au fil des différents conciles. La lecture est un peu ardue par la graphie du français de l'époque mais l'oeil s'habitue...
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LA
TRADITION
DE
L'EGLISE
SVR LA COMEDIE
& les Spectacles.

LES CONCILES.

AVERTISSEMENT



On doit remarquer trois choses dans la lecture des Canons des Conciles sur le sujet de la Comedie. 


La premiere est la severité de l'Eglise contre les Comediens, & contre ceux qui assistoient à ces Spectacles, & le grand soin qu'elle prend pour empécher qu'on ne contraigne les Chrestiens à y assister, ou à en estre les acteurs; ce qui nous doit faire voir qu'elle n'a pas regardé cela comme un crime mediocre.

La seconde est, que les Canons qui sont en general contre les Spectacles, sont aussi contre la Comedie, parce qu'ils comprennent tous les Spectacles, & que la Comedie en estoit un chez les Anciens, & mesme le plus divertissant pour les honestes gens; & qu'ainsi on ne peut pas dire que ces Canons ne sont faits que contre les autres Spectacles. Car si cela estoit vray, l'Eglise y auroit fait quelque difference, en marquant à ses enfans quels sont les Spectacles qui leur sont permis, & quels sont ceux qui leur sont défendus; Et ce qui marque encore plus clairement que les Canons qui sont contre les Spectacles en general, comprennent aussi la Comedie, c'est qu'il y a des Canons qui la condamnent en particulier, l'Eglise ayant soin d'expliquer en de certains temps plus expressement les choses qu'elle se contente d'ordonner aux Chrestiens seulement en general en d'autres rencontres.

La troisiesme chose qu'il faut remarquer, c'est que quoy qu'un Concile d'Afrique tenu l'an 424. se soit contenté de demander aux Empereurs qu'ils défendissent tous les Spectacles à de certains jours plus particulièrement destinez au culte de Dieu, & aux exercices de pieté, cela ne signifie pas qu'il pretendit les approuver, & les permettre les autres jours. La raison qui le porte à demander cette deffense aux Empereurs, en est une preuve manifeste; car il marque que c'est parce que ces Spectacles estoient contraires aux commandements de Dieu: Mais comme en ce temps-là il y avoit encore un tres-grand nombre de Payens sur lesquels l'Eglise n'avoit point de jurisdiction, & que d'ailleurs l'attachement du Peuple à ces Spectacles estoit si grand, qu'il avoit esté presque impossible, mesme aux Empereurs de les abolir. L'Eglise par une extréme prudence se contente de faire trois choses: La premiere, de demander que par le respect qui estoit deû à la veritable Religion, qui estoit aussi dés ce temps-là, la Religion des Empereurs, les Spectacles cessassent absolument lors que l'Eglise estoit occupée à honorer Dieu, pendant les grandes solemnitez: La seconde, de demander que les Chrestiens ne fussent point contraints à estre ny les acteurs, ny les spectateurs de ces Ieux défendus: Et la derniere, de lancer ses foudres sur ceux d'entre ses enfans qui desobeïroient à ses ordres, & à sa discipline; de sorte que bien loin de tirer aucune conclusion de ce Concile en faveur de la Comedie, c'est des resolutions de cette celebre Assemblée que nous tirons de plus fortes armes pour la détruire.


CANON LXII.
Du Concile d'ELVIRE, tenu l'an 305.


Si des Comediens veulent embrasser la Foy Chrestienne, Nous ordonnons qu'ils renoncent auparavant à leur exercice; & qu'en suitte ils y soient admis, de sorte qu'ils n'exercent plus leur premier métier. Que s'ils contreviennent à ce Decret, qu'ils soient chassez & retranchez de l'Eglise.


CANON LXVII.
Du mesme Concile.


Il faut deffendre aux femmes, & aux filles fidelles, ou cathecumenes, d'espouser des Comediens. Que s'il y en a qui en espousent, qu'elles soient excommuniées.


CANON V.

Du premier Concile d'ARLES, tenu l'an 314.

Quant aux Comediens, Nous ordonnons qu'ils soient excommuniez tant qu'ils feront ce métier.


CANON II.

Du 3ième Concile de CARTHAGE, tenu l'an 397.


Qu'il soit défendu à tous Laïques d'assister aux Spectacles: Car il a toûjours esté défendu aux Chrestiens d'aller aux lieux qui sont soüillez par les blasphémes; c'estàdire*, selon l'interpretation de Zonare, il a toûjours esté défendu aux Chrestiens d'aller aux lieux où l'on ne fait que des actions desordonnées & honteuses; & où par consequent les Chrestiens qui y sont presens, sont cause que le nom de Dieu est blasphemé par les Infidelles, voyant le mépris que les Chrestiens font de latemperance & de l'honesteté.


CANON LXXXVIII.

Du 4ième Concile de CARTHAGE, tenu l'an 398.

Celuy qui les iours de Feste, quitte l'Assemblée solemnelle de l'Eglise pour aller aux Spectacles, qu'il soit excommunié.

CONCILE D'AFRIQVE,

tenu l'an 424.

Canon 28. ou 61. selon le Code des Canons de l'Eglise d'Afrique.

Il faut demander aux tres-pieux Empereurs Theodose & Valentinien, qu'ils défendent les Spectacles des Theatres, & des autres Ieux les Dimanches & les autres Festes que la Religion Chrestienne solemnise; principalement, parce que comme pendant l'Octave de Pasques, le Peuple se trouve au Cirque, au lieu d'aller à l'Eglise, si la representation des Spectacles qu'on a accoustumé de donner au Peuple, se rencontre en ces saints Iours, on doit remettre ces Ieux à un autre temps. Il faut encore representer aux tres-pieux Empereurs qu'on ne doit point contraindre les Chrestiens d'assister aux Spectacles, ou d'en estre les acteurs; car il ne faut persecuter personne, pour l'obliger de faire des choses qui sont contraires aux Commandemens de Dieu; mais on doit laisser chacun dans la liberté qu'il a receuë de Dieu pour en user comme il faut; sur tout on doit considerer le danger où sont ceux qui sont du corps de ces personnes qui sont chargées du soin des Ieux publics, qu'on contraint par la terreur des peines, de se trouver aux Spectacles contre les Commandemens de Dieu.

Les Empereurs Theodose, & Valentinien, ayant égard aux remonstrances des Peres de ce Concile, publierent cette Loy, qui est rapportée dans le Code de Theodose l'année suivante 425.


Nous deffendons aux Peuples dans toutes les Villes de nostre Empire les divertissemens des Theatres, & du Cirque le Dimanche, qui est le premier jour de la semaine, le jour de la Naissance de nostre Sauveur IESVS-CHRIST, le jour de l'Epiphanie, les jours de Pasques, & de la Pentecoste, tant qu'on porte les habits blancs, qui par leur blancheur, comme par des rayons celestes figurent la nouvelle lumiere qu'on reçoit au Baptesme; Comme aussi les jours qu'on celebre, avec grande raison la memoire du martyre des Apostres, qui sont les Maistres de tous les Chrêtiens; afin que les fideles occupent tout leur cœur & tout leur esprit au service de Dieu, & que s'il y a encore des personnes qui suivent l'impieté des Iuifs, ou l'erreur & la folie des Payens, ils reconnoissent que le temps des prieres est bien differend du temps du divertissement, & des plaisirs, & afin que nul ne s'imagine qu'il est obligé d'assister aux Spectacles, ou de les representer à nostre honneur, par la veneration & le respect qu'il doit à la Majesté Imperiale, sans avoir mesme égard au culte qu'on doit à Dieu, de peur de nous offencer en faisant paroistre moins d'affection envers nous, qu'il n'avoit accoustumé de faire; Nous voulons que tout le monde soit persuadé que le plus grand honneur que nous puissions recevoir des hommes, est que toute la terre rende à Dieu tout puissant la soûmission, & le service qui est deû à sa grandeur.



CONCILE D'AFRIQVE,
tenu l'an 424.
Canon 30. ou 63. selon le Code des Canons de l'Eglise d'Afrique.


Il faut aussi supplier les Empereurs, que si quelqu'un des Acteurs des Ieux publics veut recevoir la grace du Christianisme, & sortir de cet estat [d']infamie où il estoit, que personne ne le puisse obliger, ny contraindre de reprendre son premier métier.


Les Peres de ce Concile demandent l'execution d'une Loy que les Empereurs Valens, Gratien & Valentinien avoient envoyée à Herasius Proconsul d'Afrique, l'an 381. pour la publier. Si les filles qui sont de la race infame des Comediens refusent de monter sur le Theatre, qu'on les y contraigne; si toutefois elles n'ont point encore fait profession de la Foy, & de la Loy de la tres-sainte & venerable Religion des Chrêtiens, pour la garder toûjours inviolablement; Nous ordonnons aussi, que les femmes à qui nous avons accordé par une grace speciale, de ne point exercer cét honteux métier, jouïssent toute leur vie de cette exemption, sans qu'on les puisse contraindre de rentrer dans la Compagnie de Comediens.



CANON CXXIX,
Du Code des Canons de l'Eglise d'Afrique.

Que les personnes infames, tels que sont les Comediens, ne soient point receus à former des accusations.


CANON XX.
Du 2. Concile D'ARLES, tenu l'an 452.


Quant aux Comediens qui sont du nombre des Fidelles, Nous ordonnons qu'ils soient excommuniez tant qu'ils feront ce métier.

CANON LI.

Du sixiéme Concile general, tenu l'an 650.


Ce saint Concile general condamne ceux qu'on appelle Comediens, & défend entierement leurs Spectacles, comme aussi les Danses qui se font sur le Theâtre. Si quelqu'vn par mépris de ce Decret, vient à commettre quelque crime de ceux qui y sont défendus; si c'est un Ecclesiastique, qu'il soit deposé; & si c'est un Laïque, qu'il soit excommunié.


Surquoy Zonare fait cette reflexion, les regles de la discipline Evangelique, bien loin de permettre aux Fidelles de s'abandonner au relaschement & à la dissolution, elles les obligent à se conduire vertueusement, & sans reproche, pour répondre à la sainteté de la Religion dont ils font profession; c'est pourquoy le Decret de ce Canon défend, & interdit tout ce qui relasche l'esprit, & dissipe son attention par un divertissement inutile qui cause le ris dissolu, & des réjouïssances immodestes.


CANON IX.
Du 3. Concile de CHAALONS, tenu l'an 813.


Les Prestres doivent s'éloigner de tous les objets qui ne font que charmer les oreilles, & surprendre les yeux par des apparences vaines, & pernicieuses, & ils ne doivent pas seulement rejetter & fuïr les Comediens, les Farces & les Ieux deshonestes; mais ils doivent encore representer aux Fidelles, l'obligation qu'ils ont de les rejetter & de les fuir.


REGLEMENT

DE SAINT
CHARLES BORROMÉE
Tiré du second Synode Diocezain de Milan, tenu l'an 1568.


Dans le Chapitre de la seconde Partie, où il traitte de l'obligation des Predicateurs à reprendre continuellement les pernicieuses coustumes, qui sont la source des pechez, & à persuader de les abolir.


Que les Predicateurs reprennent continuellement les plaisirs qui portent au peché, ausquels les personnes qui suivent le déreglement d'une coustume depravée se laissent emporter si facilement; que les Predicateurs s'efforcent de rendre ces choses odieuses; qu'ils representent au peuple combien est grande l'offence & l'injure que Dieu en reçoit; que c'est de là que viennent tant de maux; que c'est ce qui cause les calamitez & les miseres publiques, & une infinité de malheurs. Qu'ils representent sans cesse combien les Spectacles, les Ieux, & les autres divertissemens semblables, qui sont des restes du Paganisme sont contraires à la discipline Chrestienne; combien ils sont execrables, & detestables; combien de maux & d'afflictions publiques ils attirent sur le Peuple chrestien; & pour en persuader leurs auditeurs, ils employeront les raisons dont se servent ces grands Personnages, Tertulien, Saint Cyprien martyr, Salvien, & Saint Chrysostome, ils n'obmetront rien sur ce sujet de ce qui peut contribuer à détruire entierement ces déreglemens & ces débauches. Ils prescheront souvent avec force contre les Danses, & le Bal, par lequel sont excitées les passions les plus dangereuses: Enfin ils employeront tous leurs soins à representer avec un zele pieux, & avec autant de vehemence, qu'il leur sera possible, combien les Comedies, qui sont la source & la base presque de tous les maux, & de tous les crimes, sont opposées aux devoirs de la discipline Chrestienne, & combien elles sont conformes aux déreglemens des Payens; & que comme elles sont une pure invention de la malice du Demon, le Peuple chrestien les doit entierement abolir.


CONCILE DE BOVRGES,
tenu l'an 1584.

Tit. des Laïques.

CAN. 4.

Ce Concile exhorte tous les Chrétiens de se conduire de telle sorte, que leur vie réponde à la dignité, & à l'honneur du nom de IESVS-CHRIST, & de fuïr autant qu'il leur sera possible, les Danses, les Ieux publics, les Comedies, les Masques & les Ieux de hazard.

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