mercredi 25 juin 2014

De la répétition comme d'une «activité physique»...


L'activité physique de la répétition consiste à organiser l'espace par la disposition des corps dans l'espace, tâche première. Elle remonte à l'époque des chefs de troupe soucieux d'abord de cet aspect topographique: baliser la scène par des entrées et des sorties. À cette mission, toujours décisive, le metteur en scène ajoute le désir de sculpter des corps à partir de références plastiques [...], ou à faire ressortir des énergies collectives [...], ou à dessiner des contours précis qui renvoient au design et à la modernité visuelle [...], ou de faire apparaître des corps dans leur liberté organique [...]. Le metteur en scène pétrit des corps et accompagne le comédien vers la réalité physique dont il cherche à obtenir l'expression sur scène. Mais il n'est pas seulement habité par un modèle mental du corps, il est aussi artisan et, pour certains, ses dons se mesurent à cette aune-là. [...] Le regard porté sur le corps de l'acteur est un test de vocation. Parce que seul le metteur en scène remarquable surprend et retient des accidents corporels qui passent inaperçus ou sont évincés par les autres, accidents qui enrichissent le jeu et font le bonheur d'un spectateur attentif. Une main inexperte dans la tendresse, une tête penchée, des pas effleurés... bref toutes ces vibrations non programmées du corps qui ne parasitent pas le projet, mais le troublent seulement à peine en l'entourant d'ombre.

Voilà, à mon avis, une belle définition de la répétition... et elle est donnée par le grand Georges Banu dans le numéro spécial d'Alternatives théâtrales (no. 52-53-54 de décembre 1996 et janvier 1997) consacré à ce sujet... une véritable bible dans le genre.

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