dimanche 18 mai 2014

Notre accent... vu par Sacha Guitry


Sacha Guitry - incarnation du bel esprit français de la première moitié du XXième siècle - a fait un (voire quelques!) passage théâtral (plus ou moins remarqué) au Québec en 1927 en compagne de son épouse, elle aussi comédienne, Yvonne Printemps (les deux sont sur la photo qui illustre ce billet). 

Alors qu'on le sollicitait pour qu'il fasse un discours sur le théâtre, il a plutôt choisi de parler de notre accent:

J'ai cru comprendre que l'on vous accusait de n'avoir pas l'accent français. Cela n'a pas de sens puisque vous avez précisément l'un des accents français. Ne cherchez donc pas trop à le perdre, cet accent, puisqu'il est le témoignage émouvant pour nous de votre provenance française.

Or, un accent n'est pas un défaut, ce n'est même pas une étrangeté, c'est la caractéristique d'une province au même titre que la couleur des yeux ou la forme du visage. Encore une fois, nous prétendons, nous Parisiens, que nous n'avons pas d'accent, mais les Marseillais, par exemple, ne partagent pas cette opinion. Ils trouvent eux, qu'ils n'ont pas d'accent, et ils disent que c'est nous qui en avons. C'est possible, après tout!

Eh bien! La langue que vous parlez ressemble un peu à un costume. Votre langage porte une coiffe linon, une belle jupe de soie, des jupons de laine et un fichu de dentelle - si vous lui mettez un chapeau à plume et que vous lui laissiez le jupon de laine, vous déparez son costume, que vous lui retirez son cachet, son charme et vous lui donnez un air de mode, - il ne le faut pas, à mon avis.

Je tiens à vous dire que je ne me serais pas permis de vous donner ainsi mon opinion sur vous, si l'on ne m'avait pas demandé de le faire. Puisque j'ai commencé, ma foi! je continue et vais vous dire quel est pour vous mon rêve.

Je voudrais voir se créer chez vous une littérature canadienne, un théâtre canadien. Je voudrais qu'un jour l'un de vos romanciers obtiennent le Prix Goncourt! Je voudrais que l'un d'entre vous porte à la scène l'âme canadienne. Je voudrais que vous donniez cette leçon à ceux qui vous discutent, à ceux qui vous combattent. Je voudrais vous voir adopter cette idée que le théâtre doit jouer un rôle dans votre évolution. Ne vous contentez pas d'accueillir les pièces des autres - permettez à ceux d'entre vous qui pensent d'exprimer leurs idées, franchement, honnêtement, durement; lutter contre l'hypocrisie.

J'aime bien cet auteur-acteur-réalisateur... Qui malgré son arrogance naturelle et sa légèreté a toujours cultivé un profond humanisme (un peu moralisateur... mais bon... l'époque s'y prêtait).


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