mercredi 30 octobre 2013

Une brève histoire du théâtre au Québec... 5


Gratien Gélinas dans Tit-Coq.

Les années '40 - Le point tournant de la dramaturgie québécoise

Au cours de la décennie suivante, les Compagnons de Saint-Laurent continuent leur mission de rénovation de la pratique théâtrale. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Montréal et la troupe accueille notamment Ludmilla Pitoëff, épouse de l'un des membres du Cartel français, George Pitoëff, venue se réfugier au Canada. Le contact sera déterminant pour les jeunes comédiens de l'époque qui partiront, à la fin de la guerre, pour poursuivre leur éducation en France avant de revenir pratiquer leur métier ici. Bien sûr, le jeu, la diction, la vision théâtrale prendront une tangente européenne...

L'émulation se fait. Une constellation de troupes apparaît autour des Compagnons... comme La compagnie du Masque (fondée par Charlotte Boisjoli et Fernand Doré), Les Comédiens de la nef (de Pierre Boucher) ou encore, L'Équipe (de Pierre Dagenais) qui marquera les esprits par son audace et son originalité.

Ce pan du théâtre québécois ne doit pas faire oublier, cependant, que la veine réaliste, plutôt américaine, continue à se développer sur nos scènes. Et c'est de ce courant qu'émergera, en 1948, ce qui est considéré comme étant la première véritable pièce canadienne-française (en ce sens où elle s'inscrit parfaitement dans la société tant par le thème que par la langue et les préoccupations): Tit-Coq, de Gratien Gélinas.

Créée le 22 mai 1948 (année du Refus Global qui, s'il bouscule le milieu de l'art visuel, sera plutôt inactif du point de vue théâtral), cette pièce remporte un succès phénoménal... et il y aura 200 représentations au lieu des 10 prévues. Avec Tit-Coq, le spectateur découvre un niveau de langage qui lui est propre. C'est un canadien qui parle aux canadiens. La pièce, qui raconte les déboires d'un conscrit, orphelin et bâtard, se situe dans le présent, dans le milieu urbain, ouvrier très reconnaissable... et réuni tous les grands thèmes du théâtre québécois: la famille, la religion, la question identitaire teintée d'un certain misérabilisme. Voici un vrai théâtre national.

La même année, deux femmes de vision, Yvette Brind'Amour et Mercedès Palomino mettent sur pied un lieu de création et de diffusion professionnel francophone qui perdurera jusqu'à aujourd'hui: le Théâtre du Rideau-Vert



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