lundi 28 octobre 2013

Une brève histoire du théâtre... 3

L'Auditorium, Québec, où s'est produite Sarah Bernhart lors de son controversé passage de 1905 (les détails ici). Source: BANQ

1855-1930 - Le premier âge d'or du théâtre francophone au Québec

En 1855 un événement marquera la suite du théâtre francophone sur le territoire. Pour la première fois depuis 1763, un navire français accoste au port de Québec, marquant enfin la reprise des échanges avec la France. Outre le fait socio-économique, il pourra désormais y avoir, parmi les grandes tournées américaines et anglaises des incursions de grandes troupes françaises qui débarqueront alors avec un répertoire nouveau et audacieux (en pleine révolution romantique et mélodramatique) pour la population locale qui n'avait pu suivre l'évolution dramatique européenne.

Si sur place, la pratique demeure amateure, il est désormais possible de voir des professionnels de langue française s'exprimer sur scène... et pas n'importe lesquels professionnels! De (très!) grands noms débarqueront, avec, autour d'eux, une odeur de souffre et de scandale que décrieront les prêtres en chaire, selon la recommandation de Mgr Bourget, évêque de Montréal en 1868 (qu'on peut lire ici), suite à la visite de Sarah Bernhardt. Ce seront aussi Coquelin l'aîné, Frédérick Lemaître, Mounet-Sully, Réjane et plusieurs autres qui viendront épater la galerie et redonner un élan créateur au peuple canadien-français.

L'Église continue de diriger l'évolution de l'art dramatique. D'ailleurs, dans la seconde moitié du XIXième siècle, le même Mgr Bourget, devant l'échec de ses interdits, décide d'appuyer les associations ouvrières qui veulent le pratiquer en échanges de quelques restrictions: le répertoire doit faire preuve d'une grande moralité; les femmes ne doivent pas monter sur scène, ni être dans la salle, et les rôles féminins doivent être gommés; les scènes amoureuses sont proscrites. Il en résultera, durant les quelques années suivantes, une tradition de non-respect du texte de même qu'une certaine médiocrité dramatique.

Au tournant du siècle, les Américains prennent le contrôle des salles de tout l'est du Canada et des États-Unis et des circuits de tournées. Ce sera dès lors le monopole de The Trust de New York qui décidera de ce qui se verra sur les planches au Québec. Et par le biais de ces Américains, un genre particulier prendra son essor ici et perdurera longtemps par la suite: le burlesque.

Des entrepreneurs francophones se lancent alors dans la fondation de salles pour contrer l'influence anglophone. Malgré des conditions financières difficiles, il y a une multiplication de troupes. Pour être rentables, celles-ci se doivent de répondre aux demandes du public en quête de divertissement. Changeant alors d'affiche de semaine en semaine, les comédiens plongent dans un répertoire de vaudeville et de théâtre de boulevard qui attire, apprennent leur texte chacun de leur côté avant que de se rencontrer pour la générale et donner les représentations dans les décors disponibles. 

Ces entreprises hautement commerciales sacrifient la qualité au profit de la quantité.

Mais cet élan, le premier depuis les tous débuts de la colonie, se brisera en 1914-1918 sur les affres de la Première Guerre Mondiale, l'épidémie de grippe espagnole et l'apparition du cinéma et de la radio.

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