lundi 2 septembre 2013

La (les) perte(s) du théâtre...


Comme je le mentionnais dans les derniers billets, le dossier Horizon incertain pour le théâtre québécois publié dans la dernière édition (été 2013) de la Revue Spirale donne une lecture sans fard du milieu théâtral, posant (encore une fois!), de nombreuses questions dont les réponses peuvent faire mal.

En parcourant ces quelques trente pages d'opinions, d'analyse et de propositions, une seule certitude: voici le théâtre dans une impasse. C'est questionnant. Troublant. Préoccupant. Comme en témoigne cet extrait d'un article (les quatre derniers paragraphes) d'Yves Jubinville, Le théâtre québécois est-il soluble dans le présent?, où il est notamment question de la succession dans les organismes et du trou de mémoire qui est entrain de se faire (entre les générations):

[...] Tout cela pour dire que cette préoccupation pour la transmission [note de moi-même: des directions, des organismes], pour le patrimoine, pour les savoir-faire développés pendant quarante ans au Québec, débouche également sur ce qui a été perdu ou risque de l'être à plus ou moins brève échéance. À une autre échelle, celle de la formation,  une réflexion s'impose en ce sens sur les traditions théâtrales qui, faute d'être réactivées ou consciemment transmises par l'école, ne feront plus partie du paysage dans une avenir rapproché. Victime, dira-t-on, d'une idéologie qui valorise la nouveauté à tout prix, qui s'abîme dans les modes et les styles du présent, le jeu classique, pour ne citer qu'un exemple, ne sera peut-être plus qu'un vague souvenir dans quelques années si, dans les nombreuses écoles de théâtre du Québec, des efforts ne sont pas consentis pour préserver ce savoir spécifique.

On devine, à la rareté des productions empruntant au répertoire classique français - qui ne peut être, à la différence du corpus shakespearien, être «rafraîchi» au moyen de la traduction - que tout un pan de cette dramaturgie est déjà en train de glisser dans l'oubli. Plus le temps passe, plus les jeunes diplômés des écoles professionnelles mesurent le fossé qui les sépare de ce monde ancien. Si l'on ajoute à cela que le public lui-même a peut-être déjà tourné la page sur ce chapitre, on comprend qu'il sera à l'avenir de plus en plus difficile de restituer cette mémoire, sinon sous forme de parodie ou d'actes de commémoration. 

[...] Tout indique que l'école de théâtre au Québec est plus que jamais au service d'un système en perdition refusant de remettre en question son rôle dans la société actuelle, sinon pour réaffirmer son droit à un meilleur financement. Nul indice ici d'une profession qui prendrait acte de la place résolument inconfortable et décalée qu'elle y occupe pour se réinventer... et pour éviter la disparition.

Même si notre théâtre, le saguenéen, passe définitivement sous le radar lors de ces grandes considérations, les mêmes problématiques (peut-être même amplifiées du fait de la petitesse du milieu) peuvent se poser, en des termes quasi similaires: nos organismes sont-ils aptes à passer d'une génération à une autre tout en conservant leur mémoire... tandis que l'UQAC (quasi unique source de formation) est-elle encore en phase avec le milieu professionnel?

Après le temps de la concertation (ou grâce à elle), il faudra peut-être s'y attarder...

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