lundi 8 avril 2013

Adieu Beauté

Annie Girard, interprète de Miss Laval (Photographie, Théâtre Mic Mac -Christian Roberge?)

Vendredi dernier - le 5 avril - je suis allé à Roberval et j'en ai profité pour faire un détour par le Théâtre Mic Mac qui présente encore jusqu'au 20 avril (tous les détails sont ici) la pièce Adieu Beauté  - La comédie des horreurs de François Archambault dans une mise en scène de Christian Ouellet.

D'emblée, le spectateur avisé peut reconnaître les goûts esthétiques du metteur en scène. Le théâtre rouge et or. La boîte à raconter. Le baroque.

Ceux-ci sont soutenus avec force par le travail artistique de toute une équipe de créateurs sous la houlette de Vicky Tremblay.

Un univers onirique. Un univers de divertissement. Un univers de représentation. Un choix esthétique audacieux qui a pour effet d'éloigner définitivement cette fable de banlieue (ça se passe quand même à Laval!) pour la reprendre sous un angle féerique*. Une discussion sur les conséquences de ce glissement scénique, sur l'atténuation du discours ou sur son amplification, serait, par ailleurs, fort intéressante...

Ce texte donc (que je trouve quand même un peu longuet...), porte sur la beauté. Sur l'idée de la beauté. La dictature qu'elle impose. La tyrannie. Et la soumission. Ce message s'incarne dans des personnages stéréotypés qui oscillent entre la naïveté et la manipulation. Des terroristes fondateurs du F.I.L.P.E.D. (Front International de Libération des Personnes Esthétiquement Défavorisée) à Miss Laval... en passant par son hautain gérant et le crapaud narrateur, tout concoure à mener cette pièce d'une étrange quotidienneté vers un grotesque de plus en plus assumé.

Sur ce plan, la direction d'acteurs est efficace. Les interprètes ont là un terrain de jeux fertile. À travers les apparences monolithiques de ces figures se glissent mille nuances. Mille tics. Une évolution qui - même stagnante si l'on considère qu'elles sont tout simplement déjantées! - retient l'attention du spectateur.  Une distribution dynamique. Bien rodée. Ursule Garneau, Mélanie Tremblay, Stéphane Doré, Christian Ouellet, tous s'éclatent manifestement dans cet espace dépouillé. Leur principal accessoire étant, plus souvent qu'autrement, leur  seule présence; le texte devenant - pas toujours avec la même force - leur principale matière...

La palme (ou plutôt ma découverte!) revient toutefois à Annie Girard. Dans son rôle de Miss Laval (et bien que circonscrite dans l'espace réduit d'un gâteau!), elle fait preuve d'une solide présence, d'une sensibilité bien maîtrisée et d'une aisance remarquable.

Et dans ce jeu d'interrelations s'insinue une certaine violence (pour ne pas dire une violence certaine!). Une violence qui, même comique, demeure toujours un peu difficile à mettre en scène... surtout dans les scènes de promiscuité (où un personnage en agrippe un autre, par exemple...). Le grand défi de cette pièce est reliée à cette violence: comment en montrer les résultats (que je ne décrirai pas ici!) de façon convaincante?

Cette amusante production (la 63ième de la troupe!) offre, en une heure et demie, une très bonne soirée à l'amateur de théâtre!
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* À cet effet, l'équipe composée d'Émilie Gilbert-Gagnon, Sébastien Bouchard, Dominique Côté, Alexandre Larouche et Isabelle Boivin avait fait de cette même pièce son projet de fin de bacc. et l'avait placée dans un contexte de cirque.
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D'autres textes sur le sujet sont parus au cours des derniers jours, dernières semaines:
Le Théâtre Mic Mac présente «Adieu beauté» - L'Étoile du Lac, 22 mars 2013
Le programme de la production
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