samedi 16 février 2013

Le théâtre en crise?


La crise est devenue, au fil du temps (et particulièrement dans nos sociétés), un lieu commun. Il ne faut presque rien pour qu'elle soit aussitôt déclarée.  

Le théâtre (et j'oserais ajouter «le monde culturel en général») fait-il exception? Est-il en crise? Ou plutôt, l'est-il encore? Après la crise du drame de 1880, après de multiples crises financières et économiques, après des crises de censure, après des crises de désaffection du public - et quoi encore! - peut-il ou saura-t-il s'en sortir?

(En écrivant ce billet, je pense tout naturellement à la situation du FIAM...) 

La difficulté de répondre à ces questions dépend, bien entendu, du regard de l'observateur.

L'une des meilleures réponses, à mon avis, revient à Eugène Ionesco... qui écrivait en 1962 (mais ce pourrait avoir été écrit aujourd'hui), dans Notes et contre-notes (p.207): La crise du théâtre existe-t-elle? Elle finira par exister, si l'on continue d'en parler. On pense qu'un théâtre ne peut pas exister dans une société divisée. Il ne peut exister que dans une société divisée. Il ne peut exister que lorsqu'il y a conflit, divorce avec mes administrateur ou mes administrés (ce qui dépasse la notion de classes sociales), ma femme ou mon amante, mes enfants et moi, moi et mon ami, moi et moi-même. Il y aura toujours division et antagonismes. C'est-à-dire qu'il y aura division tant qu'il y aura de la vie. L'univers est en crise perpétuelle. Sans la crise, sans la menace de mort, il n'y a que la mort. Donc: il y a crise au théâtre seulement lorsque le théâtre n'exprime pas la crise. Il y a crise de théâtre lorsqu'il y a immobilité, refus de recherche; pensée morte, c'est-à-dire dirigée. 

Cet espèce d'absolutisme a quelque chose de rassurant. D'encourageant. Voire même de stimulant! Poser le théâtre (et l'art) comme étant une résistance face à l'adversité lui confère une grande liberté et une puissance d'actions.

Et sous ces quelques lignes (ici, je tombe en pleine extrapolation subjective, je sais!) peut se dégager un autre message: ça vaut le coup... peu importe les coups.

Alors le théâtre en crise? Oui, peut-être... puis après? 

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