mercredi 18 mai 2011

Le calomniateur calomnié


J'aime bien les placets, les épigrammes, les petites stances écrits, à l'époque, contre les grands auteurs et les grandes oeuvres. Une pratique très forte au XVIIième et XVIIIième siècle. Des mots qui suintent le fiel, la fausse moralité, l'envie et la jalousie... et qui ne font pas souvent preuve de clairvoyance sur la postérité de ceux-ci!

Le dernier épigramme en date que j'ai trouvé est celui de Chevalier de Langeac, datant de 1784... et vilipendant Beaumarchais et son Mariage de Figaro:

Je vis hier, du fond d'une coulisse,
L'extravagante nouveauté
Qui, triomphant de la police,
Profane des Français le spectacle enchanté.
Dans ce drame effronté chaque acteur est un vice:
Bartholo nous peint l'avarice,
Almaviva, le séducteur,
Sa tendre moitié l'adultère,
Et Doublemain un plat voleur.
Marceline est une mégère;
Basile un calomniateur;
Franchette l'innocente est trop apprivoisée
Et le page d'amour, au doux nom Chérubin,
Est, à vrai dire, un fieffé libertin,
Protégé par Suzon, fille plus que rusée;
Pour l'esprit de l'ouvrage, il est chez Bridoison.
Mais Figaro?... Le drôle à son patron
Si scandaleusement ressemble
Il est si frappant, qu'il fait peur;
Et pour voir à la fin tous les vices ensemble,
Le parterre en chorus a demandé l'auteur.

Voilà, ce me semble, une fort belle description assassine d'un spectacle vu par un spectateur visiblement agacé... Je me demande ce qu'il écrirait de nos productions locales...

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